Traitement des épidémies et des virus par la MTC en chine antique par Angelina Cai

Traitement des épidémies et des virus par la MTC en chine antique par Angelina Cai

Issue d’une famille de plusieurs générations de médecins, Angelina Cai est initiée dès sa jeunesse à la médecine traditionnelle chinoise par son grand-père. Membre de la FNMTC, Angelina exerce en région parisienne. Depuis le début de la pandémie, plus d’une centaine de personnes, parfois dans un état grave, ont sollicité ses soins.

A l’occasion de la sortie de son ouvrage « Vaincre le Covid-19 et autres virus par la médecine traditionnelle chinoise » (1), Angelina nous livre une approche historique passionnante de la gestion des virus et des épidémies en chine traditionnelle.

Les virus, en tant que micro-organismes, n’ont été découverts que récemment. Comment la MTC approche-t-elle le phénomène ?

La MTC ne prend pas en compte cette notion de « micro-organismes ». Le terme « épidémie » n’existe pas en MTC, c’est un concept de la médecine occidentale. De même, les mots « microbe » ou « virus » sont arrivés avec les chrétiens sous la dynastie Qing (1644-1911). En revanche, ce que nous utilisons est le terme 瘟疫 (Wen Yi), qui peut se traduire par « énergie perverse et contagieuse ». Cela signifie que la maladie vient de l’extérieur, de l’environnement. Les énergies perverses sont portées par le vent et le souffle de la nature.

“Le terme « épidémie » n’existe pas non plus en MTC, c’est un concept de la médecine occidentale.”

Comment la MTC considère les épidémies et en dénombre-t-elle plusieurs types ?

Par ordre chronologique de découverte en Chine, voici les maladies qui appartiennent à la catégorie Wen Yi et leur équivalent occidental : la variole (天花 tiānhuā), la rougeole (麻疹 mázhěn), la diphtérie (白喉 báihóu), la scarlatine (猩红热 xīnghóngrè), la peste (鼠疫 shǔyì), le choléra (霍乱 huòluàn), la fièvre typhoïde (伤寒 shānghán) et la dysenterie ( 痢疾 lìjí).

Depuis la dynastie des Han de l’Ouest (西汉), qui régna à partir de 202 avant J-C., jusqu’à la fin de celle des Qing (清朝) en 1912, le Livre d’histoire de l’épidémie chinoise (中国瘟疫史) en recense trois cent vingt-et-une (hors maladies infantiles). En rapportant ce nombre aux deux mille cent ans de la période couverte, cela représente un peu moins de sept épidémies par siècle, donc environ une tous les quinze ans. C’est une moyenne, car les époques de guerre prolongée entraînant famine et pauvreté connaissent une fréquence plus importante. Si le terme « épidémie » n’existe pas en MTC, c’est parce que nous traitons les symptômes au cas par cas.

Livre Vaincre le covid 19 et autres virus par la médecine traditionnelle chinoise

Quelles étaient les mesures sanitaires lors d’épidémies en Chine antique ?

Étaient principalement employées cinq méthodes :

1) La création de zones de confinement : La Chine découvrit les « épidémies » infectieuses il y a des milliers d’années. Avec l’expérience, les populations comprirent le principe de la contagion et constatèrent que s’éloigner des malades constituait une bonne solution pour ne pas être contaminé. C’est ainsi que naquît le « confinement ». Un exemple est donné sous la dynastie Qin, dans Les Analectes (论语) lorsque le disciple de Confucius (孔夫子), Ran Geng (冉耕), contracte la lèpre, le maître lui rend visite, mais ne converse avec lui qu’à travers la fenêtre. Pour rendre plus efficace le confinement ou la mise en quarantaine, furent créés des lieux spéciaux temporaires afin d’isoler les malades. La loi sur la quarantaine et la prévention des épidémies remonte à la dynastie Qin (秦), qui régna de 221 à 206 av. J.-C. Elle stipule que tous les malades de la lèpre devaient être envoyés au Centre de réinstallation pour isolement. D’ailleurs, les Chinois de l’Antiquité avaient compris que s’il y avait une vaste étendue d’eau stagnante autour d’une ville, elle serait atteinte par les miasmes, par suite de la prolifération des moustiques. En conséquence, toute ville était la plus éloignée possible de tels plans d’eau. La dynastie Jin (晋朝, 266-420) stipule également que si trois membres de la famille d’un fonctionnaire ont contracté la maladie, lui-même ne peut plus entrer dans le palais durant cent jours, même s’il n’est pas infecté.

“Lorsque le disciple de Confucius, Ran Geng, contracte la lèpre, le maître lui rend visite, mais ne converse avec lui qu’à travers la fenêtre.”

2) La distribution de potages : À la fin de la dynastie des Han de l’Ouest (西汉, 206 av. J-C. à 9 apr. J-C.), face à la récurrence des maladies infectieuses dans les plaines centrales, la cour impériale distribue gratuitement des potages médicinaux à base de plantes, fournit des soins médicaux et des services de traitement. Elle créée également des maisons destinées à l’accueil des malades. Sur des documents historiques Han Shu Ping Di Ji (汉书·平帝纪), Livre de la dynastie Han, est écrit : « Ceux qui souffrent des énergies perverses vivent dans la maison spécialisée, afin de recevoir les médicaments pour guérir. »

3) Les démarches de l’État : Sous la dynastie Tang (618-907), sont créées des équipes de médecins administratifs. Leur rôle consiste, entre autres, à prévenir et contrôler les épidémies. Sous la dynastie Song (宋, 960-1279), il existe des pharmacies officielles, des écoles de médecins et même des établissements de charité tels que Anjifang (安济坊) et Sanatorium (养济院). De plus, les dynasties Tang et Song accordent une attention particulière à la vulgarisation des connaissances en matière de prescription. Ainsi, les fonctionnaires les révisent régulièrement et font connaître les recettes médicinales reconnues et autorisées par l’État, afin que les populations puissent aller les chercher en pharmacie ou dans les établissements de charité. Pendant les dynasties du Sud et du Nord (南北朝, 317-439 et 317-420), la cour impériale distribue des livres médicaux gratuits et des prescriptions à la population. Au cours de la vingt-sixième année de Shaoxing (绍兴26年), sous la dynastie des Song du Sud (南宋, 1127-1279), une épidémie d’énergie perverse frappe la capitale Lin’an (临安). L’empereur Gaozong (宋高宗) lance alors le Bupleurum Pharmaceutical (柴胡制药), ce qui correspond à un laboratoire pharmaceutique. Il donne également des fonds à plusieurs villes pour l’achat de médicaments. Pendant trois ans Zhenzong Jingde, l’empereur Song (宋真宗景德), alloue cinquante guan d’argent à chaque État pour l’achat de médicaments anti-épidémiques. Toutes les herboristeries doivent être approvisionnées avec ce type de médicaments (2).

4) Stérilisation et désinfection : Pour contrer les épidémies, les anciens utilisent des plantes anti-épidémiques qu’ils font brûler pour obtenir l’effet de stérilisation et de désinfection désiré. Cette pratique est encore répandue de nos jours, notamment avec des bâtons de moxa. L’un des plus anciens exemples dans la littérature chinoise se produit à l’occasion d’une épidémie d’énergie perverse majeure à Chang’an (长安) sous la dynastie des Han (汉朝, -206 à 220). Est alors créé le Yuezhixiang (月支香), une forme d’encens à base de plantes détoxifiantes, qui est utilisé pour réduire ce fléau. En ce qui concerne les vêtements portés par les patients infectés, les anciens utilisent également la vapeur afin de les stériliser.

5) Hygiène sanitaire et nettoyage des lieux privés et publics : Les anciens comprirent que la prévention était extrêmement importante pour contrôler les épidémies et réduire les risques de prolifération des maladies. Par exemple, vers la fin de la dynastie des Song du Sud (南宋, 1127-1279), Zhendexiu (真德秀), le maire de la ville de Quanzhou (泉州) constate que l’eau de la ville est polluée, ce qui favorise la prolifération des énergies perverses à l’arrivée du printemps. Il fait donc procéder à la purification de l’eau ainsi qu’au nettoyage total de la ville. Cette pratique préventive eu lieu lors de la 2ème année de règne de l’empereur Xuantong (宣统) de la dynastie Qing (清朝, 1644-1911).

Une grande partie de la sagesse des anciens est toujours d’actualité. Ainsi, Tianshi Ye (叶天士) (1667-1747), sous la dynastie Qing (清朝) (1644-1911), est probablement le médecin le plus représentatif sur le sujet des épidémies, particulièrement celles classées en catégorie « tiède ». Son livre Discussion sur les maladies tièdes (温病论) est une telle référence que ses recettes de MTC ont été utilisées à Wuhan pour traiter le Covid-19 avec succès.

  • (1) Pour approfondir « Vaincre le Covid-19 et autres virus par la médecine traditionnelle chinoise » d’Angelina Cai, 2021, Talma Studios.
  • (2) Certains événements sont recensés dans le Cefu Yuangui (册府元龟), l’un des quatre livres majeurs de la dynastie des Song.

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Julien Granata

Dr Julien Granata est Enseignant-chercheur - Membre du laboratoire Montpellier Recherche en Management - Coach Professionnel Certifié - Instructeur de méditation

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