Présentation du Traité de blessures dues au froid de Zhang Zhong-Jing par Frédéric Breton

Présentation du Traité de blessures dues au froid de Zhang Zhong-Jing par Frédéric Breton

photo frédéric breton

L’Institut Liang Shen réédite le Traité de blessures dues au froid (Shanghan Lun, 伤寒论) dans sa version Song. A l’occasion de cette version améliorée du classique de Zhang Zhong-Jing, Frédéric Breton, instigateur du Collectif Médecine Chinoise Covid 19 et Directeur de l’Institut, nous fait l’honneur d’une présentation de cette œuvre fondamentale.

Qu’est-ce qu’une « blessure due au froid » ?

Le concept de « blessure due au froid » dans le système médical chinois peut prendre un sens très étendu. Il n’est pas seulement entendu comme une énergie pathogène de type froid, mais plutôt comme « quelque chose qui dans l’organisme est arrêté à une frontière ou sur un territoire du corps », et qui perturbe, ralenti ou exacerbe les fonctions physiologiques. Dans ce sens étendu, le terme de « froid » peut être appréhendé comme une définition synthétique de la maladie.

Au sens plus étroit, il s’agit d’une maladie dont le facteur pathogène attaque l’organisme selon des modalités qui la différencient d’autres modèles pathogéniques tels que les blessures internes dues aux émotions ou aux excès, les maladies de la chaleur selon les quatre niveaux, les stases de sang, etc.

Comment diagnostiquer ces blessures et les traiter ?

Ces maladies se repèrent en établissant le diagnostic différentiel selon les 6 méridiens (ou six systèmes) par l’observation des pouls et des symptômes. Le traitement se fait par l’analyse du mécanisme pathologique et la stratégie thérapeutique adaptée.

Cet ensemble est régi par un concept médical primordial nommé « Li, Fa, Fang, Yao » : la théorie (la structure), la méthode, la stratégie (direction thérapeutique), et les prescriptions d’herbes.

Pour les praticiens, qu’apporte une attention particulière aux blessures dues au froid et l’étude de l’ouvrage de Zhang Zhong-Jing ?

En Chine, les études statistiques sur la pratique clinique montrent que les cliniciens qui obtiennent les résultats avec le plus haut indice d’efficacité sont ceux qui ont intimement étudié le Shanghan Lun de Zhang Zhong-Jing et qui s’y réfèrent le plus souvent dans leur pratique. Inversement, on observe que les cliniciens qui n’ont pas étudié cette œuvre médicale obtiennent les plus faibles résultats cliniques.

D’ailleurs, quel est l’objet de cet ouvrage selon le point de vue de son auteur originel ?

On peut dire que le point de vue de Zhang Zhong-Jing est clairement décrit dans la préface de l’ouvrage. Il me semble qu’on peut le résumer en 8 points :

1. Tenir en haute estime les médecins célèbres du passé.

2. Parfaire l’art de la prescription pour soigner sa famille « Les rois au-dessus et les pauvres en-dessous » (c’est-à-dire concevoir la médecine comme terme médian entre le pouvoir et le peuple), et pour augmenter son intégrité et nourrir sa propre vie.

3. Établir des observations : à l’époque de Zhang, 7 maladies mortelles sur 10 étaient dues à une blessure due au froid alors que, de nos jours, certains experts estiment que 9 maladies sur 10 le sont.

4. Appuyer la pratique médicale sur des sources fiables, c’est-à-dire se référer aux classiques qui furent les sources de Zhang Zhong-JingSuwen, Lingshu, Nanjing, Yinyang Da Lun (ouvrage perdu), Tailu Da Lun (ouvrage perdu), Ping Mai Bianzheng (ouvrage perdu), le Shennong Bencao Jing et le Fu Xing Jue de Tao Hing-Jing.

5. Savoir ce que l’on peut traiter et ce que l’on ne peut pas traiter, savoir délimiter son champ de compétence.

6. Accorder une importance attentionnée aux Wuxing (5 mouvements) et à leurs relations avec les 5 organes, les méridiens, les points ; incluant en cela une attention particulière aux cinq vertus (Wuchang) que sont la Bienveillance (仁) au bois, la Droiture (义) au feu, la Bienséance (礼) au métal, la Sagacité (Zhi) à l’eau et la Sincérité (信) à la terre.

7. Reconnaître que la plus grande difficulté est d’appréhender les transformations du Yin Yang.

8. S’écarter d’une pratique médicale étroite, superficielle et médiocre.

Qu’apporte cette 2ème édition, dans sa version Song, par rapport à la première ?

Cette 2ème édition traduite du Shanghan Lun, revue et augmentée, comprend la version Song dans son intégralité, soit 22 chapitres. Outre les 398 articles de la première édition, l’ouvrage comprend les quatre chapitres précédents – traitant des pouls, des règles saisonnières et méthodologiques, des convulsions, de l’humidité et des insolations – et les huit chapitres suivants – traitant d’indications et de contre-indications – pour réunir 854 articles et plus de 1800 annotations. Ces dernières comprennent une sélection des commentaires des médecins historiques spécialistes de l’œuvre comme Cheng Wu-ji, Ke Yun-bo, You Zai-jing, Wu Qian, Zhang Zhi-cong, Zhang Lu, Xu Da-chun, Huang Yuan-yu, Chen Xiu-yuan, Hu Xi-shu, Liu Du-zhou et Shan Yu-tang.

Il faut aussi remarquer l’introduction tout à fait exhaustive et précisément documentée écrite par le Docteur Abel Gläser qui a réalisé la traduction et l’annotation de l’ouvrage.

Finalement, quel regard de praticien et formateur portez-vous sur cette œuvre ?

Le plus surprenant dans le Shanghan Lun, à mes yeux, reste son étonnante modernité. Ainsi, par exemple, c’est grâce au Shanghan Lun que nous avons pu déterminer 20 jours avant les scientifiques allemands que l’anosmie était un signe d’appel primordial de l’infection respiratoire par coronavirus SRAS-Cov-2. L’étude de ce classique s’avère donc primordiale pour la pratique et l’observation des maladies.

Découvrez le service spécialisé en Médecine Traditionnelle Chinoise

Profitez gratuitement de l'ensemble de la plateforme

logo kiway

Julien Granata

Dr Julien Granata est Enseignant-chercheur - Membre du laboratoire Montpellier Recherche en Management - Coach Professionnel Certifié - Instructeur de méditation

Laisser un commentaire