La moxibustion japonaise traditionnelle par Gilles Hauchecorne

La moxibustion japonaise traditionnelle par Gilles Hauchecorne

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Gilles Hauchecorne est Praticien en méthodes de santé naturelle et fondateur du Kenbi Institut spécialisé dans la pratique des arts de santé japonais (moxibustion, ventouses, réflexologie plantaire, mobilisation des fascias, acupuncture de contact, diététique).

Gilles est spécialiste de la moxibustion japonaise, l’une des techniques thérapeutiques les plus anciennes consistant à appliquer de la chaleur sur des zones spécifiques du corps. Il nous livre sa connaissance de cette pratique ancestrale.

Quelles sont les origines de la moxibustion traditionnelle ?

Ce sujet reste encore débattu, car l’Homme a toujours utilisé le feu et la chaleur pour ses vertus sur la santé, bien avant même de parler de moxibustion. Mais si on définit la moxibustion comme l’application de feuilles d’armoise séchées sur des points ou zones particulières du corps dans un but thérapeutique, alors il est généralement admis que l’origine est chinoise et date d’environ 2500 ans. Les plus anciennes mentions écrites sont de Meng Zi (confucianiste) et Zhuang Zi (taoïste) au 4ème siècle avant J-C.

Les textes médicaux les plus anciens sur la moxibustion ont été découverts en 1973 dans les tombes de Mawangdui en Chine. Il s’agit de deux livres de soie, écrits entre 300 et 200 avant J-C., dédiés à la moxibustion :

  • « Le classique de moxibustion des 11 vaisseaux Yin et Yang »
  • « Le classique de moxibustion des 11 vaisseaux du pied et du bras »

Quest-ce qui distingue la moxibustion japonaise des autres traditions ?

Tout d’abord, le recueil d’information se réalise dans les quatre temps de l’examen. Le praticien en moxibustion japonaise (Okyuya San) doit chercher, par des méthodes de palpation spécifiques, les modifications anormales dans les tissus. Il s’agit de détecter et de sentir l’état de vide, de plénitude, de stagnation dans les tissus, ainsi que des points particuliers à l’approche japonaise appelés « points vivants ». Ces points vivants sont le lieu d’application des méthodes de moxibustion directe Tonetsukyu qui constituent l’expertise japonaise.

L’attention a une part importante dans cette tradition. Elle n’est pas portée que sur la recherche des points et des zones d’application, mais aussi sur la manière d’appliquer les techniques. Tout est étudié en détail et le processus est sujet à la recherche de l’excellence : depuis la conception du cône d’armoise, la manière de tenir l’encens, jusqu’à l’application du cône. L’attention doit également se porter sur le bénéficiaire du soin dans son ressenti, la recherche d’un confort d’application, de respect et d’efficacité.

L’autre spécificité de l’approche japonaise réside dans la grande variété de techniques utilisées qui permettent un champ d’application très large pour s’adapter à la situation rencontrée. Il s’agit de supplémenter les déficiences et de drainer les excès. A cette fin, différents grades d’armoise existent et de nombreux outils d’application spécialement étudiés ont été conçus et améliorés au fil des siècles.

Enfin, il convient de mentionner la grande qualité de l’armoise utilisée, et du moxa (armoise préparée pour la moxibustion), comme la Artemisia Princeps Pampanini préparée grâce à un savoir-faire traditionnel séculaire détenu par des familles. De très nombreux grades sont disponibles selon l’usage et la préférence du praticien. Tous les accessoires de moxibustion (boites, pipes à moxa, bambous) sont également confectionnés avec le plus grand soin.

Quelles sont les similitudes et les spécificités par rapport à la moxibustion chinoise ?

Finalement, on applique de l’armoise séchée et préparée sur des points d’acupuncture ou des zones corporelles pour obtenir un effet thérapeutique dans les deux traditions. De nombreuses techniques sont communes comme le cigare, la moxibustion sur gingembre ou sel, la boite à moxa, et même la moxibustion directe (grain de riz).

Toutefois, la manière de les appliquer diffère sensiblement. L’attention, dans la palpation mais aussi la façon de confectionner les cônes, est particulièrement importante dans la technique directe japonaise. Le concept de méridiens, et plus largement les fondamentaux théoriques de la pensée chinoise, sont un socle commun. Mais les points d’acupuncture dans la tradition japonaise sont vus de manière plus dynamique. On considère qu’ils peuvent bouger et on va chercher autour de la localisation théorique où se situe le point à traiter. Ainsi, la recherche des zones à traiter se fait un peu différemment, et il existe au Japon une attention particulière portée au dosage des méthodes de moxibustion selon que l’on cherche à supplémenter ou à drainer.

Enfin, au Japon, il existe toute une série de techniques et de styles de moxibustion uniques à ce pays. On peut citer Ontake (bambou chaud), méthode d’application rythmique et dynamique avec un anneau de bambou rempli d’armoise. Des styles développés par des maîtres illustres comme Isaburo Fukaya notamment, enrichissent la pratique à un niveau de développement unique.

De nos jours, comment se pratique la moxibustion japonaise, en orient et occident, par rapport à la tradition originelle ?

C’est une question très intéressante, car en effet il y a des différences significatives.

Au Japon, il y a eu une évolution progressive vers des applications plus douces, plus confortables et moins douloureuses. Ceci est possible notamment grâce aux améliorations techniques de préparation afin d’obtenir une armoise d’une très grande pureté, qui se façonne très finement et permet une application de chaleur plus douce. Le développement d’outils comme le bambou de Fukaya (par Fukaya Isaburo Sensei) a été un apport majeur dans l’application de la moxibustion. La spécificité japonaise porte sur le fait d’avoir des praticiens de moxibustion séparément des acupuncteurs. C’est réellement un art reconnu et respecté comme tel, et non une pratique annexe à l’acupuncture.

L’autre pays où la moxibustion est très largement utilisée encore aujourd’hui est la Chine. Il y a des discussions intéressantes sur ses origines et sa relative mise à l’écart à certaines époques clés, au profit de l’acupuncture notamment, pour des raisons de confort et d’image. Le côté populaire et le lien avec les pratiques « spirituelles » de la moxibustion ne plaisait pas toujours aux érudits. Mais la moxibustion est toujours très employée, avec une proportion moindre de la pratique du grain de riz (petits cônes d’armoise brûlés directement sur la peau) au profit du cigare d’armoise notamment.

Il existe également une tradition de moxibustion au Népal et au Tibet, que je connais moins à titre personnel. Ce que j’ai pu en voir consiste en l’utilisation du cigare d’armoise, et aussi de moxibustion directe, mais qui est souvent beaucoup plus intense et douloureuse.

Si on regarde ce qui se passe en France, et même en Europe, nous sommes un très petit nombre de « moxibusteurs ». La pratique de la moxibustion en France doit être à 95% du temps une pratique « chinoise moderne » bien souvent en tant que méthode complémentaire à l’acupuncture. C’est-à-dire le cigare d’armoise chauffé, un peu de moxa sur aiguille, un peu de cônes larges d’armoise sur rondelle de gingembre ou sur du sel et un peu dans une boite à moxa. Pourtant, en Chine, il existe également la méthode de « grain de riz », même si elle diffère un peu dans son application avec la méthode japonaise. Elle reste toutefois bien moins répandue et utilisée en France et en Europe où domine la MTC (médecine traditionnelle chinoise).

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Quelles perspectives offre la moxibustion traditionnelle japonaise dans une approche holistique et également spécifique de la santé ?

Elle a toute sa place dans une approche complémentaire holistique de la santé. Tout d’abord, elle est une branche de la médecine traditionnelle japonaise qui prend en compte l’individu dans toutes ses composantes au sein de son environnement. Les concepts chinois de Yin Yang, les méridiens, les 5 mouvements, le Qi…. sont présents dans cette approche.

D’autre part, son confort d’application et son efficacité dans de nombreux domaines la rendent particulièrement adaptée à notre monde moderne et à la sensibilité des occidentaux. Enfin, et cela est particulièrement intéressant en France, il s’agit d’une méthode non invasive. Avec le suivi de règles strictes de sécurité et une application rigoureuse, elle peut s’inscrire dans un cadre complémentaire d’aide aux personnes conformément à la législation.

Il y a un domaine sur lequel je travaille depuis près de deux ans justement dans une recherche d’attention spécifique à l’individu. Il s’agit de la pratique de la moxibustion japonaise chez soi, à titre privé, en toute sécurité et dans le respect des traditions. Je pense que cette pratique va se développer dans les années à venir.

Retrouvez Gilles Hauchecorne en conférence ou en formation sur le site de Kenbi Institut.

Julien Granata

Dr Julien Granata est Enseignant-chercheur - Membre du laboratoire Montpellier Recherche en Management - Coach Professionnel Certifié - Instructeur de méditation

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