La digitalisation de la santé s’invite dans la Médecine Traditionnelle Chinoise

La digitalisation de la santé s’invite dans la Médecine Traditionnelle Chinoise

Cet article est en partie rédigé à partir du rapport de projet de Chiara Soule, Samanta Leroy et Sarah Laakili* du Master Marketing et Business Development, de l’Institut Montpellier Management, dirigé par Karine Garcia et Estelle Pellegrin-Boucher.

La digitalisation de la santé offre de réelles opportunités à la MTC de se démocratiser auprès du grand public et de structurer ses pratiques.

Les modes de consommation et les attentes des consommateurs changent. Dans leur livre, Patrick Hoffstetter et Nicolas Riou* défendent qu’avec un niveau d’exigence plus élevé le consommateur digital recherche un service client réactif et personnalisé. Par la multiplication des points de contacts (réseaux sociaux, sites web ou plateformes digitales), il accède facilement à tout instant à une multitude d’informations lui permettant de comparer les offres, les prix, en attachant une grande importance aux avis de ses pairs. Le consommateur digital s’avère bien plus actif dans son expression envers une marque qu’il contraint à s’améliorer sous peine de commentaires négatifs.

Vers une médecine 3.0

La médecine est contrainte par la transformation digitale à modifier durablement ses pratiques. De la création de la carte vitale en 1998 jusqu’au dossier médical partagé (DMP) en 2018, la dématérialisation va progressivement réorganiser le secteur français de la santé par l’accélération des transmissions d’informations et une gestion fiable des données. La télémédecine offre d’importantes perspectives d’amélioration de l’efficacité du système en rendant possible cinq actes :

1) La régulation médicale, par diagnostic téléphonique afin d’orienter vers une prise en charge adaptée.

2) La téléconsultation d’un médecin à distance par téléphone, visioconférence ou message électronique.

3) La téléexpertise qui permet à un professionnel de solliciter à distance l’avis de pairs.

4) La télésurveillance pour l’interprétation à distance et en temps réel des données collectées sur le lieu de vie du patient à l’aide d’objets connectés.

5) La téléassistance pour assister à distance un pair dans la réalisation d’un acte médical.

Une explosion attendue de la santé mobile ou m-Health

La m-Health recouvre selon l’OMS « les pratiques médicales et de santé publique reposant sur des dispositifs mobiles ». La santé mobile s’inscrit dans une médecine préventive et participative offrant une meilleure autonomie du patient. Ce dernier se retrouve mieux informé sur son état de santé et peut se révéler très actif au sein d’une communauté de patients échangeant sur leurs expériences médicales ou directement avec les médecins. Le médecin Joris Galland* rappelle que les rendez-vous sur mobile permettent aux médecins de réduire les frais de secrétariat et d’optimiser le remplissage de leur cabinet. A ce titre, d’après Claudia Christ et Rolf Frankenberger*, la France reste encore en dessous de la moyenne des autres pays pour la prise de rendez-vous en ligne. Il faudra s’attendre à une croissance rapide de ces nouvelles pratiques et plus généralement du m-Health dans les prochaines années.

Quelles sont les attentes du patient digital ?

En vue d’optimiser l’efficacité du système de santé, le Ministère des solidarités et de la santé a lancé en 2016 une stratégie nationale de « Esanté 2020 » pour le déploiement des technologies numériques à l’ensemble des activités du secteur s’articulant autour de quatre grandes priorités :

– Développer la médecine connectée à travers un plan « big data » en santé ;

– Encourager la co-innovation pour le développement de projet d’e-santé ;

– Simplifier les démarches administratives des patients ;

– Renforcer la sécurité des systèmes d’information.

Ce plan national contribuera à une acculturation rapide de l’usager français au m-Health ou à l’usage de plateformes digitales en ligne. Ce patient digital exigera des outils numériques un accès immédiat à de l’information pertinente. Il deviendra un partenaire exigeant et actif dans les décisions qui concernent sa santé. Les réseaux sociaux lui permettront d’échanger rapidement avec des pairs et d’évaluer les professionnels de santé. La E-Médecine est ainsi participative, préventive et personnalisée.

L’étude dédiée aux usages des Français de plus de 18 ans en matière d’e-santé, réalisée en 2017 par Zava, montre que 11% d’entre eux ont déjà utilisé internet pour poser directement une question à un professionnel de santé en ligne et que 16% se sont directement adressés à des pairs via des forums de discussion.

L’enquête menée en 2018 auprès des plus de 45 ans par Patients & Web et LauMa communication met en exergue qu’alors que 44 % des sondés sont touchés par une maladie chronique ou grave, 70% d’entre eux sont en situation de ALD (affectation longue durée). Nonobstant une large majorité satisfaite des relations factuelles avec leur médecin, 92 % des seniors sondés utilisent un ordinateur à domicile pour leurs recherches en matière de santé.

L’enquête menée par Arcane Research fin 2017 auprès d’un échantillon de 6030 individus représentatifs de la population française de plus de 18 ans dévoile cinq maladies qui suscitent le plus d’attente en termes de contenus et de services digitaux (sites internet, applications mobiles et réseaux sociaux) : la vessie hyperactive, l’hyperémotivité, l’éjaculation précoce, le syndrome des jambes sans repos et les troubles bipolaires.

L’enquête montre que les dépendances représentent un important potentiel de développement notamment le tabac, surtout chez les plus jeunes (près d’un français sur dix souhaiterait mieux gérer cette dépendance), et l’alcool surtout chez les plus de cinquante ans.

C’est évidemment sans compter sur le stress dont les ravages en situation de travail représente un enjeu de santé publique.

Vers une digitalisation structurante pour la MTC

La MTC est intrinsèquement préventive et personnalisée. Elle s’accorde parfaitement avec les attentes du patient digital. En revanche, c’est dans sa dimension participative que la digitalisation offre de nombreuses perspectives à la pratique. En effet, la MTC souffre en occident d’un manque de culture du patient. Comprendre le Wuxing ou le concept des méridiens n’est pas chose aisée et l’éducation du patient en séance s’avérerait longue et fastidieuse. La vulgarisation des traitements réalisés, ou l’échange avec des praticiens et des pairs sur des plateformes dédiées, favoriserait une acculturation du patient propice à la démocratisation des pratiques. Combien de patients se sont demandés s’ils réalisaient correctement la décoction prescrite ?

L’orientation du patient vers la pratique adaptée est un enjeu de la digitalisation de la MTC. Au-delà de la pratique, le choix du praticien est crucial. Pour ce faire, le patient digital doit pouvoir clairement identifier les spécificités et domaines d’expertises tout en bénéficiant du retour (par commentaire ou évaluation) de ses pairs. Même si la MTC s’inscrit dans une approche globale du patient, celui-ci a besoin d’identifier des experts d’une pathologie particulière à traiter. Combien de patients se sont demandés s’ils n’auraient pas mieux fait de faire de l’acupuncture plutôt que d’être soignés par des plantes ?

La MTC doit également prendre en considération l’intégration du carnet de santé numérique par des systèmes similaires garantissant le stockage et la transmission d’informations sécurisées sur les traitements et leurs résultats. Ces données pourront ainsi être transmises à d’autres praticiens en MTC ou professionnels de santé. Combien de patients, changeant de praticiens, se sont retrouvés incapables d’expliquer les traitements dont ils avaient bénéficié ?

La téléconsultation simplifiera la vie des patients à mobilité réduite ou en ADL particulièrement sensibles aux médecines traditionnelles. Frédéric Breton*, praticien en MTC à l’initiative du Collectif Médecine Chinoise Covid 19, rappelle que dans les faits « La pratique de la prescription à distance c’est quelque chose que nous faisons tous, plus ou moins habituellement, pour les patients dont la distance avec le cabinet rend difficile le déplacement ou dans le cadre d’un renouvellement. »

Références

Patrick HOFFSETTER et Nicolas RIOU (2017), Le consommateur digital : les nouvelles approches pour le séduire, Eyrolles.

Joris GALLAND (2019), La Médecine 3.0, Revue de la Médecine Interne.

Claudia CHRIST et Rolf FRANKENBERGER Rolf (2016), On the Way to Welfare 4.0 –Digitalisation in France, Friedrich-Ebert-Stiftung.

Interview Frédéric BRETON, Actualité du bien-être, 20 avril 2020.

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Julien Granata

Dr Julien Granata est Enseignant-chercheur - Membre du laboratoire Montpellier Recherche en Management - Coach Professionnel Certifié - Instructeur de méditation

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