Fondements et principes de la médecine traditionnelle chinoise

Fondements et principes de la médecine traditionnelle chinoise

La MTC (médecine traditionnelle chinoise) est un système médical multiséculaire reconnu par l’OMS inscrit à l’UNESCO. Il se fonde sur l’art de faire circuler le Qi (le « souffle » prononcé « chi ») dans le corps, soit l’énergie vitale présente dans toutes manifestations de la nature et de l’univers.

Le Professeur Marié (1) rappelle justement qu’il est peu évident de proposer une synthèse cohérente de la MTC, ses sources reposant sur une tradition millénaire transmise par trois empereurs légendaires (Fuxi, Shennong et Huangdi). De plus, contrairement à l’occident, la Chine n’a conservé que très peu de manuscrits de médecine et ceux portés à notre connaissance sont issus de fouilles archéologiques entreprises il y a tout juste un siècle.

Origines historiques de la MTC

La MTC remonte probablement à des temps immémoriaux dans sa tradition orale ou son enseignement. Huangdi, le troisième empereur légendaire communément appelé « empereur jaune », aurait communiqué les fondements de la médecine chinoise et de l’acupuncture à travers le Huangdi Neijing (Classique interne de l’Empereur jaune) ouvrage composé de deux volets de 81 chapitres chacun : le Suwen (Questions primordiales) et le Lingshu (Pivot des prodiges) qui contient de nombreux apports sur la théorie des méridiens ou des points de puncture. La datation de cet ouvrage, auquel des ajouts auraient été faits au fil du temps, reste incertaine mais se situerait d’après le Professeur Marié entre le 3ème et le 2ème siècle avant J-C. Le Huangdi Neijing reste très technique, peu accessible dans sa grande majorité aux non-initiés. Il traite des énergies de l’Homme et de l’Univers, de leurs déséquilibres et la manière d’y remédier.

« Le Ciel enchaîne par six, le Sol fabrique par cinq. Le cycle céleste est de six années, et induit le cycle terrestre en cinq termes. » (2)

Dans son Précis de médecine chinoise, Eric Marié nous enseigne que durant la dynastie Zhou (1121-221 av J-C.) s’est propagée une conception des pathologies provenant de la croyance en l’existence des gui, littéralement des démons ou esprits maléfiques. L’usage primitif de l’acupuncture semble influencé par cette démonologie visant à traquer les gui jusque dans les xue soit les trous ou cavernes dans lesquels ils se cachent. C’est donc à l’aide d’aiguilles que l’acupuncteur intervient dans les creux du corps humain.

Concernant l’apparition de la pharmacopée, elle prend racine dans le plus ancien recueil de poèmes de la Chine, le Shijing, écrit entre le 11ème et le 6ème siècle avant J-C. Le Shijing fait référence a de nombreuses plantes médicinales sans pour autant expliciter leur usage thérapeutique. C’est en 624 que l’enseignement de la médecine chinoise devient officiel et sanctionné par des examens d’état (1).

Influence des principes du Dao

C’est au 6ème siècle avant J-C. que vont naître les deux grands maîtres à penser de la Chine qui vont exercer une influence sur son histoire et sa médecine : Kongzi dit Confucius et Lao Zi dit Lao Tseu.

Kongzi s’intéresse à l’harmonie des relations humaines et, de ce fait, au gouvernement d’un État qui favorise une vie harmonieuse en société. On retrouve dans la MTC l’appréhension du corps humain comme un empire à gouverner s’appuyant sur un cœur empereur et des viscères agissant comme des ministères. Dans un souci d’harmonie universelle, l’Empire devait refléter l’ordre du Ciel et graviter autour de l’Empereur – à l’image de l’univers tournant autour de l’étoile polaire – l’émanation du Ciel sur Terre.

Le Shi Ming, ouvrage datant de 625 avant J-C. (3), illustre parfaitement cette vision. Il est composé d’une première partie traitant de la nature et des territoires qui la compose incluant l’empire, et d’une seconde partie abordant l’Homme et ses différentes régions. Cette organisation force le parallèle entre l’organisation de la nature et la constitution du corps humain, tous deux régis par des lois identiques.

C’est à Lao Zi (4) que l’on doit le Dao De Jing texte fondateur du taoïsme. Sa forme s’avère poétique et délivre le secret du Dao (prononcer Tao) :

« Il émousse tout tranchant. Il démêle tout nœud. Il harmonise toutes lumières. Il fait un de toutes poussières. Il est là, semble-t-il, depuis toujours. »

Le Dao est à l’origine de toute chose. Il est considéré comme la force fondamentale qui engendre toutes les manifestations de la nature et de l’univers. Vivre en accord avec le Dao, c’est vivre en accord avec les lois universelles. Il est représenté par le Taijitu symbole du YinYang.

Le Dao De Jing, le livre de la voie et de la vertu, est écrit sous la forme d’aphorismes qui peuvent laisser libre court à bon nombre d’interprétations. Toutefois, la MTC est étroitement liée à la philosophie taoïste comme beaucoup de domaines de la haute antiquité chinoise d’ailleurs. On retrouve dans le Dao les principes d’énergie, d’équilibre, d’harmonie et d’interconnexion de l’Homme avec son environnement propre à la MTC.

Les principes fondamentaux de la MTC

Comme le rappelle le Docteur Kespi (3) « La M.T.C. n’est pas un ensemble de recettes : elle est une vision du monde, de la vie et de l’homme ». L’être humain a pour vocation d’entretenir une relation harmonieuse avec l’univers, il possède une fonction centrale parmi tous les vivants. Ainsi, l’objectif de la MTC est d’accéder à ce que chaque être possède de singulier.

Dans cette optique, la MTC repose sur plusieurs grands principes qui trouvent leurs fondements dans une philosophie de l’ordre naturel et de l’harmonie universelle propre à la Chine :

  1. Le Dao ou la voie : Tout est parfait dans l’univers et toute chose se déroule harmonieusement. Toutes les parties de l’univers sont interconnectées les unes avec les autres. Le corps humain est une représentation miniature de l’univers, il est donc régi par les mêmes lois d’interconnexion et d’harmonie.
  2. Le Qi ou le souffle : Le Qi, qui anime le corps humain et imprègne toute manifestation de l’univers, doit circuler librement dans le corps.
  3. Le Yin et le Yang ou le principe de distinction : Chaque être, tout comme l’univers, est soumis au principe des dualités complémentarités dans un besoin d’équilibre. L’équilibre des deux forces dans le corps précède d’une bonne circulation du Qi pour une bonne santé.
  4. Le Wuxing ou les cinq mouvements : Les cinq éléments (le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau), symbolisant les mouvements cycliques du monde et les saisons générés par l’alternance du Yin et du Yang. Les cinq éléments sont liés aux principaux organes du corps que sont le cœur (feu), la rate (terre), le foie (bois), les poumons (métal) et le rein (l’eau).

La MTC repose sur un système complet de pratiques comme l’acupuncture mais aussi la phytothérapie chinoise (la pharmacopée), la diététique et les techniques manuelles d’acupression (également appelées digipuncture) ou de massage Tui Na. Des exercices énergétiques viennent compléter le système comme le Tai Chi, le Qi Gong ou la méditation. D’autres arts martiaux dits externes, comme le Kung Fu, procèdent des mêmes principes.

Sources :

(1) Marié (2008), Précis de médecine chinoise : Histoire, théories fondamentales, diagnostic et principes thérapeutiques, Dangles.

(2) Nei Tching Sou Wen, traduit du chinois par Jacques-André Lavier, Pardès (1999).

(3) Kespi (2002), Médecine Traditionnelle Chinoise : L’homme et ses symboles, Albin Michel.

(4) Lao Zi, Dao De Jing, La voie et sa vertu, traduit du chinois par Houang et Leyris, Seuil (1979).

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Julien Granata

Dr Julien Granata est Enseignant-chercheur - Membre du laboratoire Montpellier Recherche en Management - Coach Professionnel Certifié - Instructeur de méditation

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